Aux confins de la Crau s'élève un promontoire
Tel un îlot rocheux corrodé par le vent ;
Qui s'empourpre dès l'aube aux rayons du levant :
C'est l'Hauture d'un lieu tout pénétré d'Histoire.
Emergeant des remparts plusieurs fois centenaires,
Je reconnais, au loin, l'église Saint-Sauveur ;
Les Provençaux d'antan, dans leur grande ferveur,
Y repoussaient l'assaut des expéditionnaires.
Comme il doit être long le froid martyrologe
De ceux qui sont venus périr l'arc à la main !
Les combattants frappaient, en duel inhumain,
Pour expirer, vaincus, sous la Tour de l'Horloge.
Ce haut lieu médiéval veillait sur la saline
Des étangs d'Estomac, Lavalduc, Galejon ;
Il vibrait, bien souvent, sous les chants du donjon
Quand quelques troubadours gravissaient la colline.
Il me plaît – au petit théâtre de verdure -
D'écouter striduler un cigalon naissant ;
Chanterait-il, pour moi, d'un ton alanguissant,
La complainte de Fos en sa terre ligure ?
Non loin, le fil d'argent des Fosses Mariennes,
Profilant son parcours d'immuables lenteurs,
Porta, d'Arles à Bouc, les austères licteurs
Et le fruit du labeur des maisons plébéiennes.
Ci-gît - en souvenir du pays des éphores -
Sur les hauts fonds sableux que berce le jusant,
Les trésors engloutis par le poids écrasant
Des lourds vaisseaux chargés par
d'antiques amphores.
Sur la Mare Nostrum, quand se gonfle la voile,
Et qu'enfin le marin se repose au gaillard,
Le clocher de l'Hauture, à son dernier regard,
Brille sur l'horizon comme un éclat d'étoile.
Quelquefois, rêvassant près de la Maronède,
J'écoute rebondir sur les galets de Crau
Les chants énamourés d'un noble pastoureau,
Qui conduit ses brebis sous la fraîche pinède.
Soudain, vers l'horizon, s'enfle une galopade.
Mon cœur, tout enivré, résonne à l'unisson ;
Ô mes chers camarguais ! j'aime cette façon
Que vous avez, toujours, d'emmener la manade !
Ce folklore ancestral me charme et me transporte :
L'Arlésienne… Daudet, Mireille de Mistral,
Mauron, Audouard, Pagnol au style magistral
Et d'autres, moins cités, mais dont la plume exhorte !
Ô Fos ! ô moun païs ! j'aime ta truculence :
Ton essor fulgurant, ton félibrige ardent ;
Ton passé qui contemple un exalté présent
Dans le charme subtil de ton ambivalence !



Derniers Commentaires