LE MOT DU PAPET

C'est d'une encre aux douces fragrances de lavande que ma plume vous écrit.
J'ai si souvent traversé le Rhône entre La Provence et le Languedoc, que mes pensées poétiques sont  empreintes de ces deux régions. Au fil du temps, je ne sais plus si je suis Provençal ou Languedocien. Pour autant,  au tréfonds de mon âme,  je reste convaincu que mes racines s'abreuvent d'une sève languedocienne et que mon coeur s'enivre toujours de l'art de vivre provençal.

Pierre VIRMES

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                                                           « Nous ne les verrons plus,

                                                              mais nous les rejoindrons »

 

                                                        Jim Harrison  

                                                    Légendes d’automne   

 

 

Sous un ciel éternel au domisme très sobre

Taillé dans un granit du chaos du Sidobre,

                    Ils vont, indifférents à la course du temps

Qui passe, sans fléchir, de l’automne au printemps.

 

J’ai cueilli quelques fleurs de marguerites blanches ;

Du plus bel églantier, j’ai déroulé les branches 

Afin que la rosée empreinte de douceur,

S’épanche sur les fronts de ma mère et ma sœur.

 

Puis, comme j’espérais près de la sombre porte

Qu’une âme, en me voyant, se ravive et ne sorte,  

Ma voix intérieure - en murmurant tout bas -

Dit : ceux que tu attends, hélas, n’ouvriront pas.

 

Dans la forêt des croix la lumière est si douce !

Ecoutant le silence aux fissures de mousses

J’erre, et d’un pas plus lent que ferait l’importun

Je crains, en trébuchant, de réveiller quelqu’un.

 

D’autres, se rencontrant de façon familière,

Font résonner les murs du petit cimetière ;

Et je pense, indulgent : sans doute ont-ils raison 

De clamer en ces lieux comme dans leur maison !  

 

Où, quand en s’asseyant, le soir, sous une lampe,

Une main retenant leur tête sous la tempe,

Ils chantaient leurs leçons près des pères comblés

D’avoir sur les genoux leurs petits rassemblés ;

 

Pendant que parvenaient du fond de nos cuisines

Les tintements des plats, des cuivres et bassines

Comme font, maintenant, les crucifix mouvants

Selon l’humeur du ciel ou la fureur des vents.


                   C’est leurs pères, le mien, qui gisent sous les pierres ;

Et les tables n’ont plus leurs fumets de soupières ;

Car, dès que l’on reprend leurs places pour s’asseoir,

La faïence répand un parfum d’encensoir.

 

Je marche. Le vent frais qui siffle sur la crête,

Courbe les noirs cyprès saluant de la tête

Le visiteur songeant qu’un morne lendemain,

Ici, face au tombeau, s’arrête le chemin.          

 

Je vois, gravés, des noms… des amis de l’enfance,

Qui, je le sus trop tard, connurent la souffrance ;

Frappés aux rudes coups d’un mal insidieux,

Sombrèrent sans ma main recevant leurs adieux !

 

Ce lieu, grave et peuplé de visions étranges,

Faisait qu’en me penchant vers toi, des ailes d’anges,

Ô sœur !  avec amour, frôlaient mon jeune front 

Comme fait quelquefois un léger moucheron.

 

J’ai vécu. Maintenant, sans grande perspective,

Je vois mes souvenirs, là-bas, sur l’autre rive ;

Et je regarde un ciel moins obscur par instant

Dès que j’entends leurs voix qui passent en chantant.

   

 

 

 

 

 


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